L’état désintégré

Je dois ici évoquer brièvement ma situation personnelle. Je suis diplômé de l’enseignement supérieur. Une formation universitaire solide dans les domaines de la gestion. Une grande école de commerce, parmi les dix meilleures du pays. Je n’ai pas attendu plus longtemps pour créer une entreprise, une SARL dans un secteur aujourd’hui sinistré. Après trois ans d’âpre lutte pour son développement économique, le projet a échoué. Liquidation. Dépôt de bilan.

Depuis quelques mois, je fais donc ce que chacun ferait dans ma situation. Je cherche du travail. J’ai pu bénéficier d’un programme de retour à l’emploi pour futurs cadres égarés. Financé sur les deniers publics, ce processus est mis en pratique par un organisme privé. Sur la base d’entretiens individuels et collectifs, chacun y fixe ses champs de compétences, y construit son projet. Je ne fais pas mystère que ce programme m’a servi bien plus que tous les conseils qu’un agent de Pôle Emploi aurait pu m’offrir.

Réaffirmer le rôle de l’état ?

Et voilà que toute fin décembre, je reçois un courrier du Département du Val de Marne, mettant fin sans préavis et de manière immédiate à tous les programmes prodigués par cet organisme. La raison invoquée  est, pour résumer, la réaffirmation du rôle central de l’état dans la recherche d’un emploi. Les organismes privés sont donc mis au pilori, et un conseiller de Pôle Emploi ne devrait pas tarder à me contacter.

« Je suis au regret de vous informer que cette action ne pourra pas être poursuivie au-delà du 31 Décembre 2009.

En effet, la loi du 1er Décembre 2008 généralisant le RSA et réformant les politiques d’insertion clarifie le champ des responsabilités entre le Service Public de l’emploi et le Département et affirme, en particulier, que l’accompagnement vers l’emploi  relève de la compétence pleine et entière de Pôle Emploi.

De ce fait, Pôle Emploi a vocation à assurer la mise à disposition d’actions d’accès à l’emploi. »

Extrait de la Lettre reçue du Conseil Général du Val de Marne le 27 Décembre

La lettre réaffirme donc avec force le rôle social de l’état. Pôle Emploi étend son champ de résonnance. Il va développer un certain nombre de programmes jusque là pratiqué par des organismes privés. Après tout, on se rappelle du mini-scandale de l’automne concernant ces dépenses somptuaires versées à des agents privés pour la formation ou l’aide à l’emploi. Malgré tout, ces explications me semblent un peu floues, et avec une curiosité certaine, je décide d’appeler mon conseiller individuel (celui de l’organisme privé).

Masquer un désengagement réel ?

Très vite, la lettre prend un autre sens. Suppression de la taxe professionnelle, manque de moyens des collectivités, suppression de dépenses inefficaces… La recentralisation est en marche et les régions comme les départements doivent anticiper des marges de manœuvre qui se réduisent d’année en année. Bref, je ne dois pas compter sur Pôle Emploi pour m’aider plus qu’avant. Autre détail amusant, l’organisme privé en question, qui emploie plusieurs personnes, n’a été averti que toute fin décembre que ses financements étaient suspendus à partir du 1er janvier. Un peu cruel…

Cette anecdote fait écho à une aventure quasi-similaire vécue au mois de janvier 2008. Comme je l’ai déjà mentionné, j’étais à cette époque Gérant d’entreprise. Pour ce projet, j’avais bénéficié d’aides d’organismes publics et privés divers parmi lesquels l’ACCRE et ses chèques conseils. Tous les semestres, j’avais l’occasion de faire un point financier et stratégique avec un conseiller pendant quelques heures Je lui réglais les sommes dues avec ces fameux chèques-conseils. En janvier 2008, pour le troisième rendez-vous, n’ayant pas reçu mes chèques, je lui demandai un délai de règlement, délai accepté. Je ne recevrai ni chèques ni lettre d’explication. Il me faudra là encore appeler pour apprendre que les financements étaient réduits et que certains contrats en cours ne pouvaient plus être tenus. Pour le rendez-vous mentionné, l’entreprise devrait payer.

L’état, ce sprinteur aux yeux bandés

Récurrents et soudains, ces évènements passeront inaperçus pour 99% de la population. Ils révèlent pourtant quelques tares de nos gouvernants actuels, qu’on retrouve dans bien d’autres décisions prises au gré du quinquennat.

  • Les décisions sont prises à toute vitesse, sans réflexion profonde des conséquences et de leurs solutions. Il vaut mieux faire vite que bien. Les principaux intervenants ne sont pas consultés ni même prévenus suffisamment tôt pour se retourner. On vous annonce que dans trois jours, vous n’aurez plus de financement de l’état. On supprime un impôt sans prévoir une compensation financière, car le déficit n’a pas d’importance. On met en place une taxe carbone si tard et si mal que le conseil constitutionnel l’annule quelques jours avant sa mise en application. On annonce aux clubs sportifs de haut niveau que leurs dérogations de charges sociales disparaitront au 1er janvier, contre les engagements pris, alors même que la majorité des contrats de travail s’achèvent au mois de juin ou juillet.
  • L’état centralisateur veut assécher les ressources des collectivités locales. Cela limite la portée de pouvoirs inféodés à la cour élyséenne, et les dépenses d’ordre social, si critiquées et financées pour beaucoup par les régions et les départements. C’est l’état unique et total. Encore une fois, la démocratie et l’équilibre des institutions en prennent un coup, comme dans les projets de réforme territoriale, qui soulèvent plus de questions qu’ils n’offrent de réponses.
  • L’état oublie la crise. Plus que jamais en temps de dépression, l’état doit être juste. Il doit trouver un équilibre et ne pas attiser les rancœurs ou les aigreurs. Créer le bouclier fiscal et réduire les dépenses sociales, c’est prendre le risque de déstabiliser une société malade. Débattre d’une appartenance exclusive, c’est attiser les haines et construire des barrières artificielles. En temps de croissance et d’emploi général, l’état peut activer des leviers qui lui sont interdits aujourd’hui. En politique comme en toute autre chose, le contexte compte. Et le contexte d’aujourd’hui, c’est la crise. L’état ne doit donc pas oublier de protéger ses citoyens les plus fragiles.
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Une réponse à L’état désintégré

  1. Mamouchka dit :

    Protéger les plus fragiles n’a jamais été à l’ordre du jour…dès la campagne électorale (démagogie, populisme…) et surtout dès la proclamation des résultats…avec les copains, au resto’ que l’on sait.

    Mamouchka.

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