L’apparition était soudaine, inattendue. Démocrates, socialistes et écologistes ont organisé une rencontre inédite le week-end dernier à Dijon. On y a débattu d’éducation en vue de matérialiser quelque convergence. L’ambition était grande, la réussite réelle. Les participants quittaient la Bourgogne convaincus d’être dans le vrai, ravis d’avoir lancé un mouvement de construction, inédit dans l’histoire récente de notre Vème République par son côté rassembleur. Robert Hue, l’ancien communiste, y a rejeté les « esprits partisans », il vante désormais les mérites d’un « réalisme politique ». On croit rêver… Son discours est rassembleur, au-delà même de son camp d’origine. Il rejoint la position défendue par le Modem depuis sa création. Il n’y aura pas d’alternative politique à Sarkozy sans rassemblement. Et ce week-end, à Dijon, la convergence d’idées entre partisans du centre, de gauche ou écologiques a été affirmée par un texte commun publié en conclusion de ce rassemblement.
Des points de concordance réels entre les deux visions de société.
Certains diront que l’éducation est un choix de complaisance, que lorsqu’on abordera la question économique, les choses se compliqueront. Sans aucun doute, mais là n’est pas l’objet. Les participants n’ont pas l’intention d’écrire un programme commun, pas plus qu’ils ne veulent construire une nouvelle gauche plurielle élargie au centre. Il ne s’agit pas de fusionner les idées du PS et du MODEM, mais de montrer qu’il existe des points de concordance réels entre les deux visions de société. Le Rassemblement s’est déjà donné rendez-vous à Paris en Janvier pour discuter de la VIème République. Le débat promet d’être passionnant. L’évènement était donc d’importance, rien de moins que la construction d’un large front de proposition face à la politique du gouvernement actuel. A situation exceptionnelle, ces hommes et femmes avaient répondu en franchissant i le Rubicon, parfois contre l’avis des généraux de leur parti. On avait d’ailleurs pris soin de ne convier aucun présidentiable pour ne pas altérer le message à retenir : Discuter, Proposer, Rassembler. Et pourtant…
Le comportement de Royal dans tout cela est misérable…
L’apparition était soudaine, inattendue. Ségolène Royal s’est invitée, comme il lui arrive de faire, dans cette réunion, une caméra de TF1 dans ses valises. Elle n’avait rien à y dire, juste une image à restaurer. Le charme était rompu. La forme s’imposait au fond. C’était le duel Royal Peillon. De Dijon il ne restera plus que ces images de starlette venue saluer la plèbe, d’insultes à peine voilées par médias interposés, d’un parti qui continue de se déchirer. On pourra regretter les choix éditoriaux qui ont omis d’évoquer ce qui comptait vraiment. On pourra s’alarmer d’une information qui sélectionne si mal ses sujets. Mais le comportement de Royal dans tout cela est misérable. Il reste deux ans et quelques mois pour qu’une alternative crédible puisse naître, qu’une autre vision de société soit proposée aux Français. Que ce soit celle de Bayrou, de Royal, de Strauss-Kahn ou d’un autre n’a aucune importance aujourd’hui. Le premier tour de l’élection présidentielle tranchera. Mais aucun de ceux là ne battra Sarkozy sans rassembler une majorité d’électeurs autour d’un certain nombre de thèmes communs aux différents programmes : éducation, démocratie, Europe, société, mondialisation… C’est l’enjeu des mois à venir : éclairer les citoyens en vue du second tour, pour que le bon choix soit alors sans équivoque. Et Ségolène Royal se trompe si elle pense que son magnétisme suffira à la faire accéder au trône.