Au détour de l’actualité, on tombe parfois sur des propositions de loi surprenantes. L’interdiction de la fessée, introduite par la députée UMP Edwige Antier en est une. L’argumentation se base sur le précédent suédois et l’expérience empirique de la parlementaire, pédiatre de métier. Dans un régime qui voulait rompre avec l’esprit de Mai 68 et restaurer une société plus autoritaire et hiérarchique, l’intuition a de quoi étonner. Elle l’est moins lorsqu’on constate avec quel désordre est désormais menée l’action de la majorité. Le chef de l’état entretient un règne médiatique, toujours prêt à bondir sur l’émotion suscitée par un évènement tragique, apte à proposer quelque loi à même de satisfaire l’opinion publique. Pour les députés de la majorité, la conclusion est limpide. Pour proposer une idée, inutile d’aller brailler dans la cour de l’Elysée. Il est désormais préférable de créer un débat public sur un thème particulier, sans prendre le pouls du camp majoritaire. La politique de l’UMP en devient illisible, bardée d’informations contradictoires. Xavier Bertrand et Eric Besson se sont empressés de remettre de l’ordre, comme ils disent si bien, en fessant publiquement Edwige Antier.
Mais revenons au fond, car le fond est ici intéressant. Ewige Antier affirme que la fessée est une violence faite à l’enfant, qu’un traumatisme en résulte et que les enfants non soumis à ce « châtiment corporel » deviennent des adultes mieux équilibrés, plus polis. Il est vrai que la fessée n’est pas un acte gratuit. La fessée est douloureuse pour l’enfant, et le parent responsable doit savoir en user avec parcimonie, le moins possible. Son abus gratuit doit être proscrit, mais il l’est déjà par la loi. La fessée est donc un « châtiment ». L’est-il plus que la privation de dessert ? L’est-il davantage que l’interdiction de sortie ? L’est-il autant que l’humiliation ou l’insulte publique, bien trop souvent mises en pratique par des parents maladroits ? La fessée fait partie des actes sanctionnant un comportement non souhaité ou interdit de l’enfant. Doit-on tous les interdire? En fonction du contexte et de l’enfant, la fessée peut être un moyen privilégié. Pour l’enfant, la sanction est un repère, la ligne de démarcation à ne pas franchir. L’enfant s’amuse d’ailleurs souvent à frôler les limites, à se placer en équilibre sur le fil imaginaire. Il apprend comme cela à jouer avec les règles de manière plus ou moins adroite. La sanction est donc une marque qui permet à l’enfant de progresser par expérience. Si elle est proportionnée, elle ne sera pas considérée comme un traumatisme, fessée ou pas fessée.
Mais après tout, chacun est libre d’éduquer ses enfants selon son vœu. C’est un principe primordial. Je n’irai pas imposer ma vision des choses à un parent qui rejette totalement l’idée de punition physique à son enfant. Je ne me permettrai pas, je n’ai pas d’enfant. Je considère que, dans le cadre familial, les parents sont responsables de l’éducation de leurs enfants, qu’ils seront toujours mieux placés que l’état pour choisir une solution appropriée dans une situation donnée. Tout cela relève du cercle privée de la vie familiale, et l’état n’a pas à y intervenir tant que les principes républicains sont respectés. A moins de considérer que la fessée porte atteinte à l’intégrité physique de l’enfant et peut constituer un traumatisme durable et important dans sa vie future, ce qui me semble être grand raccourci, il n’y a donc aucune raison qu’un décret légifère sur le sujet.
L’école et la famille sont les deux socles républicains en matière d’éducation et d’apprentissage. L’état défenseur de l’école améliore l’éducation des enfants de la république. Il leur donne les clés de la vie en société, du civisme et de la culture. Il développe la capacité d’analyse et d’ouverture de futurs parents, qui seront mieux à même ensuite d’éduquer leurs enfants. L’état actuel, pourtant, ne défend pas l’école. Par ailleurs, l’état doit mettre en place les meilleures procédures pour détecter l’enfant maltraité. L’école, le médecin traitant, l’enfant lui-même – s’il en prend conscience – peuvent agir. Mais la violence, particulièrement en temps de crise, peut venir de la société elle-même. Le champ d’action de l’état y est immense, il a les moyens d’agir sur les grands équilibres de notre société. C’est triste, mais il préfère s’intéresser à des peccadilles…